Arts martiaux : se protéger au sens large plutôt que simplement "se défendre"

agression

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La plupart des gens diraient que les arts martiaux nous apprennent à nous « défendre » en cas d’attaque. Le Ninjutsu est un art aux techniques guerrières (martiales) donc efficaces. Mais dans les arts martiaux anciens, le combat reste la dernière étape, quand tout le reste (notamment la prévention, l’évitement,…) a déjà été tenté. Voici un article que nous avons trouvé intéressant et qui résume relativement bien le sujet « préventif »…

Le risque de vol avec violence et d’agressions diverses existe. Malgré le délai d’intervention par­fois très court des forces de l’ordre à partir du moment où une alerte est donnée, force est de constater qu’il subsiste un laps de temps à gérer entre cette alerte et une intervention. Dans la plupart de nos pays occidentaux, il faudra compter une bonne vingtaine de minutes avant de voir arriver la cavalerie, à condition toutefois qu’un témoin ait décidé de prévenir les secours. Aussi, il faudra parfois se résoudre à prendre en main sa protection personnelle et celle de ses proches.

Une fois ce constat effectué, la réponse de beaucoup consiste à pra­tiquer une discipline de self-défense, voire à se procurer une arme. S’il est clair que ce genre de solution sera utile lorsqu’une agression nous tombe dessus, il reste malgré tout plus opportun de travailler EN AMONT de cette agression, pour éviter qu’elle n’ait lieu. Le vieil adage qui dit qu’il vaut mieux prévenir que guérir prend ici tout son sens.

En clair : si j’ai su, par une prévention adaptée et une bonne observa­tion de mon environnement, ne pas me trouver en fâcheuse posture, je n’ai pas besoin de défendre chèrement ma peau. C’est là que se situe la frontière entre la protection personnelle — qui est un concept préventif global — et la défense personnelle, qui n’est utile que lors­que la protection personnelle a échoué.

Protection personnelle, plutôt que défense personnelle

Soyons clairs : aucun système, aucun outil, aucune arme ne peut vous garantir de sortir indemne d’une agression. Même les plus grands spécialistes ne sont pas infaillibles. Et on trouve toujours plus fort, plus retors, et mieux préparé que soi. D’ailleurs, l’une des constantes de la violence

de prédation est qu’elle s’exerce d’abord et exclusive­ment en état de supériorité physique. Aucun prédateur ne s’attaque à une proie plus forte que lui. Aussi, quand un prédateur passe à l’attaque, il le fait avec tous les avantages possibles : surprise, sur­nombre, armement supérieur, préparation psychologique totale. Du point de vue de la victime, qui une seconde plus tôt vivait paisible­ment sa vie, c’est un déluge de haine et de violence pure, qui sur­prend et désarçonne souvent complètement.

On mesure donc toute la dimension et l’enjeu de la protection person­nelle (self-protection), dont la défense personnelle (self-défense) n’est que la manifestation ultime, presque un constat d’échec.

La protection personnelle, ou prévention des risques de violence, est, nous le verrons, avant tout une affaire de bon sens. Toute per­sonne douée d’un minimum d’intelligence peut aisément appliquer ses principes de base, qui sont extrêmement simples.

1. Si c’est possible, il vaut toujours mieux éviter le conflit. Il n’y a jamais de gagnant dans une bagarre, seulement des perdants dont l’un peut éventuellement finir plus abîmé que l’autre (notez qu’il peut y en avoir plus de deux) . Même une bagarre « gagnée » signifie sou­vent des ennuis à moyen terme : poursuites judiciaires, désirs de ven­geance, etc.

L’évitement ou le repli sont des notions stratégiques très différentes de la fuite. Ils sont tous deux au service d’un objectif clair : survivre sans dommages.

2. On ne peut pas éduquer les gens par le conflit. Une personne agressive n’est pas en mesure de recevoir votre leçon de bienséance, ni de comprendre votre point de vue. Même en lui tenant tête ou en lui donnant une « bonne correction », vous ne pourrez PAS lui faire chan­ger son comportement. Inutile de vouloir jouer aux justiciers ou aux éducateurs civiques. Une personne en crise n’est jamais réceptive au point de vue des autres. Votre premier et unique but est de ne pas subir de dommages physiques.

3. En repérant le danger longtemps à l’avance, on se préserve une marge de temps pour l’éviter ou se replier. La plupart des prédateurs sont par ailleurs sensibles aux proies qui ne sont pas attentives à leur présence, alors qu’ils ont tendance à ignorer les proies potentielles qui les repèrent longtemps à l’avance. Le simple fait d’être conscient de son environnement permet d’éviter l’immense majorité des ennuis.

Cette compétence à elle seule vaut mieux que toutes les armes et toutes les techniques de self-défense réunies.

4. On préserve ses fonctions de survie de base : conscience logique, vision, mobilité et dextérité manuelle.

5. Si on détermine que la seule chance de se sortir le

moins mal pos­sible d’une situation d’agression est le combat, il ne faut pas faire les choses à moitié. On frappera avec détermination et combativité jusqu’à ce que la menace cesse, ou qu’on puisse se replier sans cou­rir de risque supplémentaire.

Quelques exemples de protection personnelle

Au quotidien :

En arrivant dans mon café préféré, je remarque un individu aviné au comportement agressif, assis au fond du bar. Je m’assieds à l’autre extrémité de la pièce, près de la porte. S’il s’excite trop, je peux sim­plement me lever et quitter les lieux.

Je ne cherche pas à faire le brave devant mes amis.

Dans mon rétroviseur, une voiture sportive me colle de très près. Un jeune homme au volant me fait un doigt d’honneur, des appels de phare, et s’approche dangereusement de mon pare-choc arrière en klaxonnant. Il semble très irrité de ne pas pouvoir me doubler. Comme j’arrive à un rond-point, j’en fais un tour complet, lui permettant ainsi de me doubler sans pour autant devoir m’arrêter. Il prendra très vite de l’avance sur moi et je n’entendrai plus jamais parler de lui.

Je ne cherche pas à lui donner un cours de conduite préventive.

En conclusion

Comme vous l’avez vu, la protection personnelle est un art bien plus qu’une science, et se veut une approche rationnelle et très peu « macho » de la violence. Cette approche saine et plutôt non-violente peut — ou non — être complétée par un ensemble de techniques de désescalade verbale, et aussi par une série de pratiques de défense simples et efficaces.

La plupart des agressions peuvent être PRÉVENUES, et de facto gagnées, sans combattre. Et si l’on ne devait faire qu’une seule chose pour assurer sa sécurité au quotidien, bien avant de s’armer ou de s’endurcir les poings, la simple mise en application de ces quelques principes serait probablement à privilégier.

Cet article est extrait de la revue Carcajou avec l’aimable autorisations des auteurs : Patrick Vincent & David Manise. La revue Carcajou est éditée par le CEETS (Le Centre d’Etudes et d’Enseignement des Techniques de Survie) : http://www.ceets.org/ . La revue Carcajou est consultable dans sa version complète ici : http://www.ceets.org/carcajou2.pdf

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